Dimanche 27 août 2006
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Le droit des peuples à disposer de soi-même
Je souhaite ouvrir un débat sur l’anarchie. Pas pour essayer de convaincre des gens, de vous rameuter sous mon drapeau (il faudrait pour cela que j’ai un drapeau…) ou de vous convaincre de penser comme moi afin de me renforcer dans mes propres opinions. D’ailleurs le mot débat, ici, me paraît incorrect. Il conviendrait mieux de parler d’un dialogue. Dans un débat, on s’accroche à ses convictions, on les défend bec et ongles contre l’adversaire en face qui se conduit de la même manière ; démarche stérile. Dans un dialogue, point de certitudes. Rien qu’une recherche commune d’une vérité possible. Quand on lui rapporta que l’oracle de Delphes avait prophétisé qu’il était le plus sage parmi les sages, Socrate répondit que s’il était en effet le plus sage des philosophes, c’est parce qu’il était le seul à savoir qu’il ne savait rien… S’il n’a point laissé d’œuvre écrite, c’est parce qu’il leur a préféré l’oralité du dialogue. Ce ne sont pas des convictions que je vais exposer ici, ce sont des idées ; malléables, contestables, incomplètes, idiotes peut être, utopistes sûrement. Je ne prétends pas vous délivrer la Vérité, mais seulement ma vérité.
D’abord démontons quelques idées reçues :
L’anarchie n’est pas le Chaos. Rappel : Le Chaos, c’est l’état premier du monde ; non pas le Néant, mais le désordre ; c’est à dire que toute chose existait, mais comme rien n’était à sa place, le monde ne pouvait pas être.
L’anarchie n’est pas l’absence de règles. L’absence de règles, c’est le foutoir, l’instinctif dans sa forme primitive, la porte ouverte à l’expression des pulsions les plus noires.
Etymologiquement, anarchie signifie absence de commandement. Mais quel commandement ? Il s’agit du commandement du général sur ses soldats, du capitaine sur ses marins, des politiciens sur les citoyens. C’est cette autorité extérieure que nie l’anarchie. Mais en contrepartie, elle exige de la part de celui qui se revendique anarchiste une autorité intérieure, une autonomie (du grec auto-nomos, sa propre loi) et un respect de la liberté. Un anarchiste espagnol dont j’ai oublié le nom avait proclamé sa propre constitution que voici :
Article 1 : Je ne veux pas qu’on m’emmerde
Et c’est tout. Mais cela veut tout dire. « Je ne veux pas qu’on m’emmerde » implique que je me donne pour règle de ne pas emmerder les autres. Si on veut en faire une belle phrase avec des concepts bien abstraits, on peut le dire ainsi : la liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres.
Ni Dieu, ni Maître. Roi que de soi même. Je suis mon propre roi, voilà la liberté. Mais mon pouvoir en tant que roi ne s’applique qu’à moi et à moi seul. Je suis d’autant plus libre que les gens qui m’entourent le sont également. C’est pourquoi on ne se bat pas contre le peuple, mais avec lui ou pour lui.
L’anarchie est aux antipodes de la violence, de l’affrontement physique et des provocations idiotes à l’encontre du pouvoir ou de l’autorité en place. Affronter l’autorité de cette manière ne fait que renforcer cette autorité dans la légitimité qu’elle croit avoir d’exister. Je ne souhaite pas jouer les bisounours et moraliser un « la guerre c’est moche » ou « la violence ça fait du mal aux gens ». Je regrette seulement qu’elle soit mal utilisée et fasse plus de mal que de bien au mouvements anarchistes ou autres. L’usage de la violence devient nécessaire et légitime lorsqu’il répond à une agression, à une oppression.
On ne montre pas à l’opinion publique qu’elle est manipulée en lui rentrant dans le lard, mais en lui montrant qu’elle est victime, et mieux en lui montrant qu’une victime peut se défendre.
Et puis quel besoin de se regrouper pour s’auto gérer de manière individuelle ? Se rassembler entre individus partageant les mêmes opinions ne sert bien souvent qu’à se conforter dans ces opinions, à se monter la tête les uns les autres ;on veut toujours parler plus fort que le précédent.
L’anarchie n’est pas une utopie. L’utopie, c’est de croire encore en le cœur de l’homme. Mais après quoi courir si ce n’est des chimères ?
Pour vous faire une meilleure idée de l’anarchisme :
Ø Dieu et l’Etat, Michel Bakounine. http://zoecie.free.fr/accueil/cadre-accueil.htm , rubrique « Textes », puis la « bibliothèque ».
Ø http://increvablesanarchistes.org/rubriques/nomcites/acc_nomscite.htm
Ø http://increvablesanarchistes.org/articles/1968/ferre_introducana.htm
Ø http://bibliolib.net/rubrique.php3?id_rubrique=39
Pour ce qui en est de la pratique : un gouvernement anarchiste serait un contresens complet ; il ne serait pas raisonnable non plus de dynamiter toutes les institutions et de voir comment ça se passe sans elles. Ce serait le chaos, vous en conviendrez. L’anarchie n’est pas un objectif à atteindre, mais quelque chose vers lequel il faut tendre. C’est un absolu vers lequel à l’instar d’une droite adjacente vers l’infini, on peut approcher sans jamais le toucher. La sagesse d’un gouvernement serait donc d’œuvrer à sa propre disparition, à l’inutilité de sa propre existence. Faire en sorte que chacun apprenne à aimer la liberté et se gouverner soi-même dans le respect d’autrui. Rendre le pouvoir au peuple (rendre la cratos au demos si vous préférez) ; que le pouvoir soit partout, réparti de manière égale entre chaque être humain. Alors le pouvoir corrupteur se changerait en vouloir individuel et bénéfique pour tous. Bon, il faudrait d’abord que la classe dirigeante se foute au cul son monstrueux ego et arrête de penser qu’il faut un berger pour diriger le troupeau. Et pour ça, il faudrait que le « troupeau » en question accepte de ne plus être des moutons. On en est encore loin. J’entends déjà ci et là des bêlements de protestation…
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